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Marie Elsie Isabel

il y a 7 jours
2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 heures

Cimetière de l'Est à Rennes. Toussaint 2024.

Je me dirige vers la sortie, en serpentant dans les lignées des tombes du carré militaire et des morts civils de la guerre, tout proche des tombes familiales. Je regarde chaque nom et je calcule leur âge au moment de leur mort.

Comme ils étaient jeunes. C'est effarant.

J'embrasse du regard l'étendue de ces petites croix blanches. Comme à chaque fois, l'ampleur du désastre collectif me percute.


Mon regard s'arrête sur cette pierre claire, celle de Marie Elsie Isabel INNES morte, à Rennes le 7 octobre 1945. Elle avait 26 ans.

Qu'a-t-il bien pu arriver pour que cette jeune Néozélandaise meure quelques semaines seulement après la fin de la guerre, si loin de chez elle.


Mes réflexes de questionnement ne me quittent jamais.

Je pense à l'injustice de la situation, à la douleur des parents. Je me demande si elle avait un fiancé... Avait-t-elle des frères et sœurs, une famille qui attendait son retour ? Y-a-t-il aujourd'hui quelqu'un pour se souvenir d'elle? Sa famille a-t-elle pu venir un jour pour se recueillir ici, a-t-elle seulement une photo de sa tombe? Quelles conséquences cette disparition a-t-elle eue sur la famille ? Sans le corps, le deuil a-t-il pu être traversé ?

Dans un travail transgénérationnel, il s'agirait de terminé ce qui n'a pu être achevé. Cette morte n'est pas la mienne, mais elle me touche.J'ai pris une photo pour garder une trace de son nom.

Quelques mois plus tard, en fouillant internet, j'ai découvert qu'un avion de la RAF en provenance d'Egypte et qui rentrait en Angleterre s'est crashé.

Marie Elsie Isabel, vendeuse dans le civil était sergente  dans le New Zealand Women's Army Auxiliary Corps.

La guerre finie, elle rentrait chez elle.

Elle était l'une des 26 passagers qui ont péri carbonisés, cette nuit là.

En fouillant plus loin, j'ai pu mettre un visage sur ce nom gravé dans la pierre.

Je me suis promis de lui apporter des fleurs une prochaine fois. Blanches, comme celles dans ses cheveux.


Parfois, les morts des autres m'agitent. C'est aussi ce qui fait mon talent dans mon accompagnement.



 
 
 

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